L’éloquence est un art et un don

Vendredi 16 mars 2018

L'éloquence est un art et un don
              L’éloquence est un art et un don

 

Phrase résumé de l’article :

On confond souvent la rhétorique avec l’éloquence. L’éloquence n’est pas l’art de bien parler, c’est l’art de plaire, d’émouvoir et de convaincre.

L’éloquence est un mystère

L’éloquence a toujours fasciné les orateurs. Recherchée tant pour sa beauté que pour sa force et sa rareté, ce graal inaccessible ne s’offre pourtant pas souvent.

Si nous sommes capables de reconnaitre l’éloquence, nous ne savons pourtant pas la reproduire, la théoriser.

Cicéron nous disait déjà que «  La rhétorique est née de l’éloquence et non le contraire ». Cicéron voulait nous dire que c’est en observant des orateurs éloquents que la rhétorique a théorisé l’art de bien parler et non l’inverse. Les orateurs éloquents n’auraient pas appris leur art, ils auraient transmis un savoir faire naturel, devenu art, par imitation. Ainsi, l’éloquence ne s’enseignerait pas. Cicéron ne dit pas que l’art de l’éloquence est né de l’éloquence, il nous dit que c’est la rhétorique qui est née de l’éloquence.

Ce que veut dire Cicéron, c’est que l’orateur éloquent n’a pas appris l’éloquence. Il possède la rhétorique, qui est l’art de bien parler, art qu’il a appris, mais son éloquence naturelle, elle, ne s’enseigne pas.

Ainsi, l’éloquence serait en quelque sorte le vêtement lumineux de la rhétorique.

L’éloquence est un mystère car elle n’a pas de règles. Elle peut être sobre, bruyante, tapageuse. Elle peut être dans le geste, dans le regard, dans un silence… C’est parce que nous ne pouvons la définir et la théoriser qu’elle nous échappe et nous trouble. Elle brise tous les codes et toutes les règles : C’est lorsque le Général de Gaulle s’énerve et que sa voix monte dans les aigus qu’il est le meilleur, qu’il nous touche, car on sent une sincérité, une émotion.

C’est quand celui qui est attaqué ne répond pas et baisse la tête que son silence pèse et nous émeut.

On dit que les silences de Mozart, c’est encore du Mozart. Oui, car un silence, s’il est bien placé s’entend, il est alors éloquent car il est juste.

Ces effets d’éloquence sont forts et marquants parce qu’ils sont rares et tellement humains. Ils sont rares car la nature est avare d’éloquence.

Pourquoi il n’est pas donné à tous d’être éloquent

La triche, le mensonge et l’hypocrisie n’ont aucune place dans l’éloquence, puisque l’éloquence vient du cœur, qu’elle est sincérité et passion. La vertu et l’honnêteté seraient ainsi la condition de l’éloquence.

« Pour me tirer des pleurs, il faut que vous pleuriez «  dit Boileau. Cette phrase illustre bien la nécessité que doit avoir l’orateur pour nous toucher d’être touché lui-même.

L’orateur qui en fait trop, qui simule la colère ou l’indignation laisse souvent froid car on sent alors le comédien ou le charlatan, qui grossit toujours le trait et veut juste nous bluffer.

Oui, l’orateur éloquent sait utiliser le pathétique mais seulement si nécessaire et avec parcimonie.

La nature elle-même nous apprend que les mouvements passionnés ne doivent éclater que par intervalles. Voyez la foudre : même dans un orage, elle ne gronde pas constamment et sans interruption.

Le cœur humain aime être remué et échauffé. Mais de façon juste et toujours à propos.

Pour toucher l’autre il faut être capable de toucher SON ETRE et non son paraitre, son masque social. L’éloquence atteindra son être profond au-delà des apparences et du costume social.

C’est pourquoi nous confondons souvent l’éloquence avec la grandiloquence. La grandiloquence n’est pas l’éloquence, elle n’est que son masque. Elle n’est que la tentative désespérée de lui ressembler et de l’imiter, d’où ses outrances.

Un orateur n’est éloquent que s’il nous remue

L’éloquence n’est pas la persuasion, puisque «  On peut persuader sans être éloquent et être éloquent sans persuader » nous rappelle Géruzez1

L’éloquence est une émotion, une émotion capable de se transmettre. Mais pour se transmettre, une émotion doit être forte et vraie et trouver un écho dans celui qui nous écoute.

L’orateur éloquent est donc celui qui parle avec son cœur. C’est celui qui est capable de ressentir des émotions. Mais pas seulement. En plus de ressentir des émotions, il doit aussi être capable de les transmettre.

D’où l’intérêt aussi de choisir son auditoire et de savoir adapter son discours à ce dernier. Un syndicaliste brillant et zélé qui s’exprime devant des patrons du Menef ne fera aucun effet, malgré son éloquence. L’inverse est tout aussi vrai. Pour être éloquent et marquer les esprits, il faut un minimum d’affinités avec ceux qui nous écoutent. Il est donc important de savoir se connecter à son public, de le connaitre, de savoir ce qui le touche et l’émeut, et alors, là l’orateur peut devenir le vecteur de son public, il peut retranscrire les émotions que ressent son propre public. Il sera d’autant plus éloquent s’il possède la technique, la rhétorique, l’art de bien parler.

L’orateur éloquent ne se mettra pas en avant. Il sera éloquent car il aura fait siennes les émotions de son public et saura les retransmettre, c’est la raison pour laquelle il touche tant son public qui se reconnait en lui. C’est parce qu’il sait capter et retransmettre les émotions des autres, qu’il ressent aussi, que l’orateur éloquent, en plus d’être bon, est aimé. Le public, voit en lui, comme dans un miroir, le reflet de ce qu’il ressent, sans savoir l’exprimer.

Vous avez aimé cet article ? Commentez-le ou partagez-le.

FIN

 

 

 

Laisser un commentaire