Devenir un bon orateur, cela s’apprend.

Lundi 2 octobre 2017

comment devient t'on un bon orateur ?

        Démosthène parlant sur les flots

«  Si l’on nait poète, on devient orateur » nous dit Cicéron.

Que veut dire Cicéron sinon que devenir orateur s’apprend. Sinon que le talent oratoire n’est pas inné mais qu’il s’acquiert. Bonne nouvelle penseront ceux qui se pensent dépourvu d’un talent inné pour l’art de bien parler.

En effet, si devenir orateur s’apprend, cela signifie que c’est à la portée de tous ceux qui veulent se donner les moyens de se former.

Se former, telle est la question. Nous savons que l’art oratoire pur ne s’enseigne plus en France depuis plus d’un siècle.   Nous savons qu’il est de bon ton de parler comme on parle, de parler comme ça vient. Comme on a appris, comme on a toujours parlé, comme on parlait autour de soi. On me prend comme je suis.

Ce faisant, l’enfant apprend, dès son plus jeune âge, non pas à apprendre à bien parler mais à imiter ceux qui lui parlent, même et surtout à reproduire le mauvais langage.

Comment faire ? Si l’art oratoire ne s’enseigne plus vraiment est qu’il n’est qu’une technique et un savoir, comment se réapproprier la clef perdue de ce savoir-faire précieux ?

Comment devient-on orateur ?

 S’il est admis que le talent oratoire existe, la question de son apprentissage est peu posée.

Tel orateur nous semble brillant et même admirable et aussitôt nous ne tarissons pas d’éloge sur son verbe enchanteur, son charisme, son sens de la répartie.

Nous louons le merveilleux tribun, le génial débatteur, l’infatigable conférencier, le stratège de la rhétorique.

Il est cependant surprenant que nous ne nous interrogeons pas sur sa formation oratoire.

Comment a-t-il appris à si bien parler ? Qui lui a appris ? Comment ? Combien de temps cela lui a-t-il pris ? Que contenaient ces apprentissages ? Était-il mauvais avant d’apprendre ou avait-il quelques facilités ?

Aucune de ces questions n’est posée et nous laissons passer le talent oratoire pour un pur miracle, un beau don tombé du ciel et donné des cieux.

Les bonnes fées se sont penchées sur le berceau de l’élu et lui ont donné tout cuit le beau talent.

Foutaises. Mensonges.

Rien n’est plus artificiel que l’art de bien parler. Rien n’est plus structuré, calculé qu’un beau discours. Rien n’obéit autant à des règles établies que l’art oratoire. Rien n’est plus « mécanique » que la prise de parole en public.

Voyons cela d’un peu plus près.

Tous les grands orateurs ont appris leur art.

Lorsqu’on veut percer le secret des grands orateurs, force est de reconnaitre qu’ils ont tous eu un point commun : l’étude. Tous ont travaillé, imité, étudié, lu et appris tant et si bien que l’on peut quelquefois se sentir démuni face à ces travailleurs acharnés. Certains mêmes ont non seulement travaillé et pratiqué longtemps mais n’étaient pas doués du tout, avaient même un défaut, un handicap.

C’est ainsi que Démosthène, considéré comme le maitre des maitres de l’art oratoire, comme le plus grand et le plus puissant avait un défaut d’élocution. Il avait une mauvaise prononciation et n’arrivait pas à donner du volume à sa voix. Se découragea-t-il ? Nullement. Il mit en place un système qui l’obligeait à redoubler d’effort face a un obstacle artificiel. Il s’efforçait de bien prononcer, la bouche emplie de cailloux.

Pour donner du volume à sa voix, il courait le soir à la mer et criait contre les flots afin de les recouvrir par le volume de sa voix.  Voix qu’il montait toujours plus haut, s’efforçant de dépasser le bruit des vagues.

Par ces exercices, et beaucoup d’entrainement Démosthène est devenu un grand orateur, le plus admiré et reconnu de tous.

Cicéron et Quintilien n’ont cessé d’apprendre et d’apprendre jusqu’à nous laisser des ouvrages de savoir faire sur l’art de bien parler, nous livrant méthodes et techniques.

Les orateurs du moyen âge, surtout religieux, s’inspireront aussi de ces écrits.

Plus tard, les orateurs qui comptent, Boileau, Fénelon, Bossuet consacreront une place sacrée à leur formation d’orateur.

Tous les orateurs qui vont suivre se formeront. Ils iront s’abreuver aux sources de ces grands orateurs. Cela à travers leurs écrits sans jamais négliger la pratique, mère de tous les talents.

Si tous ces grands orateurs se sont formés, pourquoi refusons-nous de nous former lorsque nous voulons pourtant exceller dans l’art de bien parler. ?

 Apprendre ouvre toutes les portes.

Il n’existe pas d’enseignement classique et basique de l’art oratoire. Dès son plus jeune âge, l’enfant est éduqué à l’écriture.  Il doit apprendre à noircir des cahiers pleins de lignes tordues jusqu’à ce qu’enfin, son écriture se redresse à force d’exercices.

Il n’en est pas de même du langage. On parle sans apprendre à bien parler. Si la grammaire nous apprend les différents éléments que composent une phrase, rien ne nous est dit sur l’art de composer les phrases.

Rien ne nous est dit sur l’importance du sujet, sur la force du verbe, sur le souffle des adjectifs, sur la respiration qu’est la ponctuation.

On ne nous dit pas qu’un discours doit être harmonieux, cadencé, vivant et imagé. Qu’il doit respirer grâce à des pauses et des silences.

On ne nous dit pas non plus que l’art oratoire est avant tout un art du corps qui passe par un dos bien droit pour avoir une belle voix. Un art qui demande un regard en connexion constante, véritable radar de notre auditoire. Qui peut aussi s’accompagner de gestes.

On ne nous dit pas qu’il faut s’entrainer à parler sans notes de manière progressive afin de progresser.

On ne nous dit pas que la maitrise de cet art grandiose nous ouvrira tout grand les portes d’une vie professionnelle et sociale réussie.

On ne nous dit rien et on garde jalousement cet art discret pour mieux le faire passer pour un talent inné, pour un don de la nature, pour une force venue des Dieux.

Il faut redevenir humble et croire Cicéron qui nous disait que si « l’on nait poète, on devient orateur ». Il  faut le croire quand il nous disait aussi  que « l’orateur doit désirer avoir une belle voix ».

Il nous faut nous former, nous former sans cesse. Et si l’on pense que se former coute trop cher, en temps ou en argent, alors on peut répondre comme le disait Lincoln : «  Vous pensez que la formation coute cher ? Essayez donc l’ignorance »

Fin

Si vous avez aimé cet article, partagez le et / ou commentez le

Laisser un commentaire

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *