Les grands orateurs ont fait la Révolution Française ou est-ce la Révolution Française qui a fait les grands orateurs ?

2 aout 2017L'art oratoire sous la Révolution Française

 

Mirabeau, Danton, Robespierre. A qui ces noms n’évoquent l’ art oratoire le plus abouti, le plus parfait. L’art de remuer les cœurs et de galvaniser les foules pour le meilleur et pour le pire ?

 La révolution Française a  accouché de grands orateurs. Sans leur talent, ces hommes auraient ils pu jouer les rôles si puissants qui furent les leurs ? Rien n’est moins sûr.

Ces orateurs, hommes de lettres, avocats, personnalités fortes  en quête d’un destin  et qui vont trouver leur voie dans la révolution,  veulent un monde nouveau.

Face à l’ancien régime qui ne veut pas mourir et le nouveau monde qui vient, ils doivent convaincre, batailler, pratiquer  le judo des mots. Enthousiasmer et emporter des résistantes fortes et nombreuses.

La partie n’est pas  simple : Le clergé, l’aristocratie et la noblesse sont bien formés. L’éloquence est maitresse, elle est enseignée à toute âme «  bien née ».

Cependant, c’est une rhétorique pure et classique, entachée du souci de plaire et de la nécessité de flatter.

La révolution française exigeait de grands orateurs.

Ces grands orateurs sauront en venir à bout. En la révolutionnant. En revenant à ses sources.

Fallait-il donc une seule bonne formation oratoire pour s’imposer et faire basculer le vieux monde ?

Mirabeau fut préparé et endurci par ses longues années de prison où il fut un grand lecteur.

Du fond de son cachot de Vincennes, Il séduisait même geôliers et gardiens par la force de son verbe lorsque ces derniers ne lui fournissaient pas les nombreux livres qu’il réclamait.

Car tout grand orateur est avant tout un grand lecteur qui peut puiser dans un large fond de connaissances et  d’idées, un vocabulaire, des arguments, une hauteur de vue, que seule donnent la réflexion, l’expérience et la lecture.

Le but de ces connaissances étendues et si variées étant dans le fond, et avant tout, l’art de maitriser la parole, toutes ces lectures et cette culture enrichissant alors cette parole.

Mirabeau est orateur partout et en tout, jusque dans ses lettres d’amour.

Ses procès, dans lesquels il choisit de se défendre lui-même vont parfaire sa formation oratoire.

Robespierre, l’avocat d’Arras lit Rousseau. Il va se nourrir de ses réflexions fortes et profondes. Il rêve de moraliser le monde.

Cet  orateur acharné travailla sans repos et  prononça  des  centaines de discours.  Les français d’alors sont épris du talent oratoire. Même le petit peuple non lettré ne s’y trompe pas et se laisse emporter par ces grands élans lyriques.

Il sera ainsi surnommé le « dictateur oratoire », c’est dire la puissance de son verbe.

Danton fut probablement le plus grand orateur de la révolution. Il n’écrivait jamais ses discours et parlait toujours sans notes, livré à la seule puissance de son inspiration, en perpétuelle osmose avec l’instant. Tout à sa fouge et désireux d’accompagner l’Histoire dont il se savait acteur, il en négligea même son métier d’avocat.

De sa lourde et forte voix, il faisait trembler juges et jurés. Cette voix n’exprimait que sa nature violente, énergique et passionnée bien qu’aussi sage et retenue lorsqu’il le fallait.

Comme ses compagnons, il est aussi un grand lecteur.

La rhétorique polie contre la foudre de l’éloquence.

Ainsi, ces hommes pétris de philosophie et de culture encyclopédiste, surent par leur audace s’éloigner des règles figées de la rhétorique d’alors.

Ils s’acharneront à défendre les promesses de l’égalité en renversant l’ancien monde, par la force du verbe.

Il fallait pour imposer cela, rompre avec l’éloquence d’alors  pour faire renaitre l’éloquence des républiques, séparée des bienséances monarchiques.

Aussi, Vergniaud se réclamera souvent des grecs antiques et en particulier de Démosthène, le plus grand des orateurs.

Ce sont les sophistes qui ont condamné Socrate dont le verbe était libre, dont la force des idées entrainait la jeunesse et menaçait l’ordre établi.

L’éloquence est un fruit sauvage qui a besoin de grandir dans un milieu ou règne la liberté et la franchise. Les courtisans furent rarement de grands orateurs.

De même que les orateurs de l’antiquité offraient un spectacle à des foules nombreuses et passionnées de débat, la Révolution française allait renouer avec l’art oratoire des anciens et nous offrir à son tour du spectacle et du drame.

Libérée des carcans de rang, affranchie des privilèges et devoirs, elle allait souffler un vent de liberté qui seul, permet le souffle, grâce a une parole libre et franche.

C’est que l’éloquence  a besoin du peuple qu’elle peut émouvoir et secouer. C’est probablement la raison pour laquelle nous n’avons jamais eu de tribuns des riches.

Le peuple veut être remué, bouleversé ; il veut de l’ethos du logos et du pathos, à savoir, de l’honnêteté qui sait transmettre savoir et émotion.

Ces Hommes à la sensibilité exacerbée, surent incarner le génie violent de la France.

Le phénomène révolutionnaire est le résultat d’un ensemble de circonstances matérielles ainsi que d’immatérielles, c’est-à-dire intellectuelles et morales. : Elites affaiblies et dépassées, dissolution des idées et des croyances admises, influences externes et fortes.

L’art oratoire, accoucheur de  l’Histoire ?

C’est la raison pour laquelle, à travers la révolution française, bouleversement terrible dans l’Histoire de France, les orateurs ont trouvé leur pleine mesure et laisser exploser leurs  talents.

Gageons que c’est la rencontre entre de grands orateurs et un moment historique majeur tel que le fut la révolution qui a permis cette alchimie.

Orson Wells dans son chef d’œuvre « Le troisième homme » nous dit : « L’Italie des Borgia a connu trente ans de terreur, de sang, mais en sont sortis Michel-Ange, Léonard de Vinci et la Renaissance. La Suisse a connu la fraternité et cinq cents ans de démocratie. Et ça a donné quoi ? Une petite pendulette qui fait “coucou” ! »

Cette réflexion terrible et profonde nous laisse penser que c’est la souffrance et le drame qui forgent le talent. Que c’est la difficulté qui vient, tel un aiguillon réveiller les passions et les fureurs des hommes.

Pour le meilleur… ou pour le pire.

 FIN

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