Les orateurs sont devenus des lecteurs.

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Un orateur n'est pas un lecteur
          Un bon orateur parle sans notes

                                                                                                                                                           

 

Phrase résumé de l’article   

     Si l’on courrait autrefois pour écouter les bons orateurs, qui étaient nombreux, ce n’est  guère le cas aujourd’hui.C’est qu’aujourd’hui, les orateurs ne parlent plus. Ils lisent.

 

Les notes  de l’orateur sont les béquilles du peureux

          Nous sommes surpris lorsque nous regardons les orateurs du passé de constater que l’immense majorité parlait sans notes.

L’enseignant de la 3ème république connaît son cours sur le bout des doigts. Il l’a en lui et jamais aucune note ne traîne sur son bureau.

C’est qu’il a été, comme les élèves dont il a la charge instruit dès son plus jeune âge, à l’improvisation. Sa mémoire, entraînée grâce au par cœur des récitations et au calcul mental sait retenir. Il a de plus, appris à faire un plan et à y insérer ses idées dans un ordre logique, ce qui va structurer sa pensée.

Le politicien a la Chambre parle sans notes, il ne cherche jamais ses mots. Dans ses discours, nulles scories, pas de mots parasites, pas de « euh », « en fait », « effectivement ». Tout est limpide, clair, court et concret.

C’est que lui aussi a été instruit, dès son plus âge à l’art d’improviser, de préparer, de retenir.

Cela s’arrêtera avec Jules Ferry au début du 20ème siècle qui décidera de la suppression de l’enseignement de l’art oratoire.

Nous serions ainsi de mauvais orateurs par la faute de Jules Ferry ?

Oser lâcher ses notes

          En partie oui. L’abandon de l’enseignement de l’art oratoire sera progressif. C’est surtout l’enseignement de la rhétorique qui sera abandonné.

Resteront les récitations, l’improvisation, la forte participation orale, l’entrainement et le calcul mental.

Cependant, quelque chose aura vraiment disparu. L’enseignement du bien parler. Les règles, la technique, l’art de bien dire en peu de mots.

Peu à peu nous le sentiront face aux orateurs contemporains qui semblent tous incapables de parler sans notes.

Certains me diront : « mais les interviews, l’orateur répond spontanément ». Il faut savoir que 9 fois sur 10, l’orateur connait les questions qui lui seront posées, il a largement le temps de préparer ses réponses.

D’autres diront : « Les notes ne sont là qu’au cas où, si j’ai un trou, comme un pense bête ».

Ce n’est pas le cas, la majorité des conférenciers lisent leurs notes.

D’autres ajouteront : « En quoi est ce un mal ? Il est impossible de tout avoir en tête et de parler longuement sans notes, on ne peut se souvenir de tout »

Mais comment faisaient donc les orateurs du passé ?

C’est qu’ils avaient une technique, technique qu’ils appliquaient.

Ils connaissaient surtout les immenses inconvénients à parler avec des notes :

 – Absence de contact visuel et donc de lien avec le public. Impossible donc de ressentir ce que pense le public, ce qu’il ressent, afin d’y réagir et d’être ainsi dans une interaction permanente avec lui.

– Manque de spontanéité : lire un texte, c’est être décalé, puisque le texte a été écrit avant. Nous ne sommes plus alors dans l’instant. Les notes sont la boue séchée du discours.

– Risque de se perdre dans ses notes, de les mélanger.

– Paresse, facilité, l’orateur qui ne fait que lire ne pourra jamais progresser. En ne se heurtant pas à la difficulté de l’improvisation préparée, il ne deviendra jamais un orateur à l’aise, sachant parler sans notes.

Il n’impactera jamais son public, il ne sera qu’un lecteur.

Alors que faire pour parler sans notes ?

La mémoire et le plan

          Il faut avant tout savoir qu’il ne s’agit pas d’improviser totalement. Une intervention se prépare, et le mieux est de la préparer à l’avance.

Il faut ensuite s’entrainer, en répétant, comme un acteur, en se filmant ou en s’enregistrant. Il faut ainsi se mettre dans les conditions du jour J.

Il faut ensuite effectuer un plan de ce que l’on veut dire en délimitant au mieux 5 parties :

– une entrée, une introduction, qui sera forte avec une phrase d’accroche, une statistique, une citation

– le développement de son sujet, de sa thèse, de son parti pris

– la réfutation : il s’agit là de contrer les arguments opposés

– une synthèse

– une conclusion avec une phrase courte et percutante afin de laisser une impression mémorable.

Les orateurs du passé connaissaient cette technique qu’ils appelaient le plan. Ils ne se souciant pas du chemin. Ils se contentaient des grandes lignes, des jalons et comme ils connaissaient leur sujet, le contenu leur était donné dans l’instant, car ils l’avaient en eux et qu’ils étaient en lien avec leur public, dans une sorte de communion.

Si aujourd’hui nous baillons devant ces orateurs qui ne sont que des lecteurs, c’est précisément car nous ressentons qu’ils ne prennent aucun risque. Leur pensée est fossilisée. Couchée la veille ou plus loin encore sur le papier ; l’orateur lit tranquillement ses notes comme on ferait la lecture a un enfant. En espérant que ce dernier sera sage et écoutera sans interrompre.  Car souvent le miracle se produit, l’orateur est interrompu. Il répond et remet de l’ordre dans ses notes. Ou en était-il ? Il ne sait plus trop. Ah oui, ici. Il reprend sa lecture, ronronnante et bien huilée. Le public reprend sa sieste.

Il aimerait bien pourtant parler sans notes, rencontrer son public.

C’est que le pauvre n’a pas appris, on ne lui a pas appris.

Non Monsieur Jules Ferry, nous ne vous disons pas merci.

Fin

 

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