Méfiez vous des mots.

Lundi 20 novembre 2017

Phrase résumé de l’article :

Mal nommer les choses, c’est participer au malheur du monde  disait Albert Camus.
Les mots et leurs signifiants ont toujours été des éléments forts de la domination et de l’art de gouverner.

Depuis plusieurs décennies, nous ne pouvons que constater un détournement dangereux du sens des mots qui doit nous appeler à la vigilance puisque nous pensons avec des mots.

Il faut se méfier des mots

Novlangue, politiquement correct, éléments de langage… Les termes ne manquent pas dans notre monde contemporain pour décrire l’utilisation quelquefois détournée des mots, voire la manipulation que certains peuvent exercer à leur égard. Prison, tyrannie, terrorisme intellectuel, comment bien penser si les mots sont biaisés ?

Les adversaires du politiquement correct se battent et dénoncent le retour de la censure, la chasse aux mots forts qui ne seraient que le faux nez des vérités qu’on veut cacher.
On nous a dégoutés de l’art oratoire avant tout en ne l’enseignant plus, pire en cachant qu’il peut être enseigné et qu’il le fut. Enfin, en mettant en avant de beaux parleurs, énarques, professionnels brillants de la langue de bois, adeptes et inventeurs du politiquement correct, de l’art de ne rien dire. Leurs discours froids et mécaniques nous détournent de l’art du parler vrai. Pourtant tous les tribuns, tous les grands orateurs remuèrent les foules, surent enthousiasment et faire adhérer.
Nous devons ainsi renouer avec l’art de parler vrai afin de transmettre cet art gigantesque dont on a jeté la clef de peur que le peuple ne se l’approprie.

Le langage, un outil politique

La manipulation par les mots est ancienne. Dès l’antiquité, Socrate et Platon dénonçaient les sophistes et leurs impostures. Le sophiste n’a que faire de la vérité, ce qui l’intéresse est d’emporter la discussion. Il y parvient car sa technique et son esbroufe lui permettent de sidérer celui qui, non formé ou mal instruit, se laisse facilement convaincre.

Toutes les façons tordues pour essayer de convaincre seront bonnes à prendre pour le sophiste qui tentera plus de vous étourdir que de vous convaincre. La clef ? Être très concentré sur ce que dit l’adversaire afin de démasquez les apparences de ce qu’il énonce.

La langue de bois est son arme favorite. Vide et creux, il n’a rien à dire sinon des platitudes. Mais comme il faut bien habiller le vide et le mensonge pour le vendre, il ruse et souvent hélas avec talent. C’est un art qu’il a appris et qu’il manie à merveille, et pour cause, sa survie en dépend.
Il existe même à l’ENA un cours de langue de bois.
Les totalitarismes prévus par Georges Orwell dans le livre « 1984 » avec la novlangue qui inverse le sens des mots et retire du vocabulaire officiel les mots qui permettraient de penser un discours de résistance devrait nous alerter.
En effet, nous ne cessons de constater année après année la disparition de mots forts et connotés (dissidence, résistance, combattant, presse d’opinion, anarchie, esprit critique, liberté de penser, liberté d’expression). Et voyons fleurir des concepts quasi imposés et obligatoires (discrimination, vivre ensemble, anti racisme, intérêt général, les valeurs de la République, optimisation fiscales, valeur de l’entreprise, pas d’amalgame, égalité, respect de la dette, prise de risque, déficits, évasion fiscale….)

Lorsque l’antiphrase n’est pas possible ou ne suffit pas, les manipulateurs ont recours à d’autres formes de manipulation :
– les mots menaces : Exemple : discriminer. Ce mot terrible est un incontournable de la novlangue. Appartenant au dictionnaire de la criminologie, il fut détourné de son sens avec le succès qu’on lui connait. Il est mis à toutes les sauces.
Discriminer signifie à l’origine distinguer, discerner. Il n’a alors rien de négatif. Discriminer, c’est distinguer, choisir, élire.
Avoir rendu ce mot négatif le rend terriblement dangereux. Tout choix devient suspect, le candidat non retenu est discriminé, (alors qu’il faut bien choisir), l’administré éconduit (alors qu’il fut grossier) est discriminé. Avoir détourné le sens de ce mot est doublement dangereux puisque tout choix devient suspect s’il est contesté.
Qu’a cela ne tienne, nos manipulateurs ont plus d’un tour dans leur sac et ont trouvé la parade : la double injonction. Quand un concept est négatif, on l’accompagne d’un concept positif. Même si les deux termes s’annulent et se contredisent.
Exemple : la discrimination positive. Nous pourrions rétorquer : Comment la discrimination que vous combattez du matin au soir pourrait t elle être positive ?

L’euphémisme : C’est atténuer une dure réalité par un mot doux : Un chômeur est un demandeur d’emploi, un clochard un SDF, un délinquant multi récidiviste est un jeune défavorablement connu des services de police.  Un pays sous développé est un pays en voie de développement. Ces figures menteuses sont là pour amoindrir une vérité brutale que l’on veut cacher.

La manipulation du langage n’est pas seulement politique. Elle est aussi dans l’entreprise, dans les relations privées.

Les mots mensonges.

Il s’agit ici aussi d’user de subterfuges pour persuader, convaincre, qu’une chose est différente de ce qu’elle est. Le but de la perversion du langage est de cacher la vérité, vérité qui serait préjudiciable au manipulateur.
Ce dernier va alors se servir d’éléments simples du langage pour embrouiller sa victime. Comment va-t-il procéder ?
Il va user de différentes techniques :
– l’antiphrase : il s’agit d’utiliser des mots contraires à la réalité.

Exemple :
On ne dit plus : plan de licenciement mais plan social, ce qui est en bonne logique son exact contraire. Le terme plan social, évoque l’idée positive que l’on a tout fait pour sauver des emplois, que l’on est social. Ce qui est faux en réalité puisqu’on supprime des emplois.
Il s’agit bien d’un plan de licenciement qui n’a rien de social.
Nous avons là une inversion perverse du langage.
De même que l’on va parler de restructuration pour ne pas parler de suppressions d’emplois.
Ces détournement, dans la vie politique ou dans le monde du travail doivent nous alerter. Si nous n’y prenons garde, nous ne seront plus à même de penser notre liberté, faute des bons mots.

Pourquoi il faut se réapproprier les mots

Le langage, comme l’Histoire a toujours été un enjeu politique fort. “La politique, cest l’art du vocabulaire. ” disait Benjamin Constant. Le langage vrai permet de dire les choses, de les nommer, de les dénoncer. Ce n’est qu’en nommant correctement les choses que l’on pourra les combattre. Insérer des tabous dans la société signifie que des mots deviennent connotés, dangereux, suspects. Ainsi, on n’ose plus les employer sous peine d’être montré du doigt. Et comme nous pensons avec des mots, supprimer des mots ou les diaboliser revient à retrancher certaines pensées et opinions.
Pire, cela revient à promouvoir l’hypocrisie, la tartufferie. Il est toujours préférable de connaitre les opinions d’autrui, quelles qu’elles soient plutôt que d’être abreuvé de ses mensonges. Au moins, nous savons à quoi nous en tenir.
C’est pourquoi il faut lire, lire, afin d’avoir du vocabulaire nouveau. Lire afin de mieux penser, afin d’élargir notre champ de compréhension et de conscience, puisque nous ne pensons qu’avec des mots.
Le mieux est de lire aussi des livres anciens, des livres écrit par ceux qui ne connaissaient pas cette censure verbale, cette police des mots. Il nous faut nous réapproprier tous ces mots interdits, tous ces mots bannis, même si c’est pour les rejeter. Nous devons au moins les connaitre.
Le sage Confucius disait « Si j’étais chargé de gouverner, je commencerais par rétablir le sens des mots ».

Il est plus que grand temps pour nous de relire Confucius.

FIN

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