Je suis plutôt bon orateur sauf en débat, pourquoi ?

Vendredi  1 er septembre 2017

je ne sais pas débattre

“En tant que Manager, je suis habitué à faire des discours, à prendre la parole en public devant de nombreuses personnes, cela avec une certaine efficacité. Mais dans les débats, je perds tous mes moyens et suis mauvais, je ne comprends pas”.

Alain, Paris

Réponse.

Alain

Vous ne nous dites pas si c’est dans les débats à deux ou s’il s’agit de débats à plusieurs ou les deux ?

Le débat est un genre à part entière dans l’art oratoire. Ses règles ne sont pas celles du discours.

Exercice difficile mais très formateur. En effet, il pousse les débatteurs à mieux connaître leurs limites et leurs points faibles (intolérance, impatience, agressivité, sectarisme) et ainsi à s’améliorer.

Dans le discours, vous êtes face à un public qui vous est souvent acquis, qui est venu vous écouter, qui vous prend souvent pour un expert, surtout si vous êtes Manager et vous adressez à des personnes sous vos ordres. Vous n’avez pas vraiment de contradicteur même s’il peut se trouver dans le public un ou deux perturbateurs ou qu’une question dérangeante ne s’exprime.

Dans le débat, c’est presque le contraire. Vous débattez face à un adversaire qui souvent n’a pas vos idées, d’où l’intérêt du débat. Débattre avec ceux qui pensent comme soi n’aurait aucun intérêt, nous serions dans l’aimable conversation.

Que se passe-t-il dans le débat ?

Le but du débat est de convaincre par le biais d’arguments.

Nous sommes confrontés à une personne qui ne pense pas comme nous. Qui défend un point de vue adverse ou au moins différent.

Très bien. Il s’agit alors de bien connaître son sujet, de le préparer, d’avoir de nombreux arguments en faveur de votre thèse et de les dérouler calmement.

On est mauvais dans le débat car on veut placer ses arguments, on veut imposer à l’autre son point de vue. On veut le battre. Le mettre KO. Mais dans le débat, la victoire par KO  a toujours un gout amer.

Nous devons dérouler nos arguments, de préférence avec un crescendo et varier la nature de nos arguments : un argument historique, un argument d’autorité,…. Utiliser aussi des analogies, toujours très parlantes.

Concernant la forme, il faut

  • Avoir des phrases courtes et si possible imagées.
  • Avoir un dos bien droit afin de ne pas céder au trac et à la colère.  Un dos tenu canalisera toutes vos émotions.
  • Sourire, afficher un zen facial, ne pas montrer d’agressivité mais une saine confiance en soi.

Ce qu’il faut éviter

  • Le ton professoral est contre productif car l’adversaire est ramené au rôle d’élève et se sent  humilié
  • Les petites phrases pour déstabiliser l’autre, il faut les caser au bon moment, le moment est important.
  • La phrase qui tue fait mouche quand l’adversaire n’est pas en situation de défense et n’attend pas la phrase qui va l’abattre, il faut surprendre dans un débat
  • Éviter les débats trop techniques, trop chiffrés.
  • Un ton monocorde est une berceuse, mettez de la vie dans vos mots, varier votre ton, votre débit.
  • Quand on est attaqué, ne jamais se justifier mais toujours réagir par une question, c’est l’art du retournement. C’est interroger l’autre afin de le mettre en contradiction. Il le sera d’autant plus que c’est lui qui affirmera par sa réponse sa contradiction. Votre point de vue apparaîtra alors en relief.

Des conseils pour aller plus loin

  • Ne soyez pas obsédé par la victoire
  • Le gagnant est le débat gagnant-gagnant
  • Éviter le KO
  • Ne cherchez pas tant à convaincre votre adversaire que votre auditoire. C’est l’auditoire qui doit être convaincu, pas votre adversaire qui n’est qu’un vecteur.

Pour les débats en tête à tête, si vous êtes gêné, c’est probablement que vous avez un caractère assez autoritaire qui accepte peu la contradiction. Vous devez alors apprendre à davantage vous concentrer sur la force de vos arguments. Renoncez aussi à convaincre l’autre à tout prix. Livrez votre argumentaire avec force et passion, libre à votre adversaire d’adhérer ou non.

N’ayez pas peur des débats, même si vous y laissez des plumes ; les plumes, ça repousse.

Enfin, si vous êtes amenés à beaucoup débattre, vous lirez avec profit la petite bible du débat de Schopenhauer : « L’art d’avoir toujours raison ».

Bon courage.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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