Vive les tropes !

vive les tropes
                                          Vive les tropes !

Phrase résumé de l’article :

     Les tropes, ce mot étrange dont la plupart  ignorent même le sens, est une figure de style, un processus de substitution consistant a dire un mot à la place d’un autre, à changer le sens des mots. Avec des images.

Jugés ringards et dépassés, appartenant a un passé dit poussiéreux, il serait pourtant urgent de les réhabiliter pour tous ceux qui veulent devenir de bons orateurs.

 

Non, les tropes ne sont ni ringards ni dépassés.

Mais pourquoi  changer le sens des mots ou dire un mot à la place d’un autre ? Dans quel but et pour quelle utilité ? C’est que les tropes ornent le langage d’une manière forte et imagée.

Si les grands orateurs ont tous largement utilisé les tropes, c’est bien pour leur grande efficacité.

Cependant, leur utilisation,  devenue marginale, ne doit pas nous dispenser de les redécouvrir, pour les utiliser à nouveau afin d’avoir une parole forte et vivante, une parole efficace.

Mais pourquoi utiliser des tropes ?

Pas seulement pour faire joli ou paraitre doué mais par souci d’efficacité, dire : « Ce garçon est un âne » aura toujours plus de couleurs que dire .« Il n’est pas …

<!--nextpage-->

intelligent ».

Il existe toutes sortes de tropes avec une hiérarchie. Nous parlerons d’abord des tropes majeurs avec

la métaphore : « ses yeux étaient bleus comme le ciel »

la métonymie : « on va prendre un verre ? »

l’ironie : « Il est habillé comme l’as de pique »

Nous avons ensuite les tropes mineurs, qui ne sont pas moins efficaces tels que

La comparaison, « il est beurré comme un petit Lu »

L’allégorie ou  le symbole : « la balance, symbole de justice »

Mais il n’y en a bien d’autres, tels que l’exagération,  la circonlocution ou la litote puisque l’ouvrage anonyme de la Rhétorique à Herennius distingue onze tropes1 .

Alors, dépassés et ringards les tropes ? Trop osé ou vulgaire de mettre des images dans ses mots ? Non, c’est une question de pragmatisme et d’efficacité. Pour bien parler, il faut être clair, court ET surtout, concret.

Les tropes sont plus que les bijoux du langage.

Mais les tropes ne sont pas seulement un ornement du langage. Ils ne sont pas là pour nous donner un langage fleuri et imagé. Les tropes ont aussi une autre finalité, une autre efficacité, celle de simplifier les choses.

Si les tropes rendent la lecture ou le langage plus vrai car plus imagé, donc plus vivant et plus facile, elles ne sont pas que cela.

Les tropes ont aussi une autre fonction, moins évidente mais tout aussi utile. La vulgarisation, la simplification de notions quelquefois techniques ou complexes.

Les tropes servent ainsi a exprimer, en la simplifiant et l’imageant, une pensée ou des explications difficiles.

Elles servent enfin a fixer dans l’esprit le message que l’on veut faire passer par le biais de l’image qu’elle véhicule.

Ne disait t’on pas du politicien Nicolas Sarkozy que lorsqu’il parlait, tout le monde…

<!--nextpage-->

le comprenait.

Cette volonté de parler simple, d’être compris du plus grand nombre est bel et bien gage d’efficacité.

Si Edouard Balladur perd les élections en 1995 contre Jacques Chirac, c’est que ce dernier saura conceptualiser avec des mots simples et forts le malaise du pays, qu’il nommera alors avec le succès que l’on sait : « la fracture sociale ».

Il laissera un Edouard Balladur seul, dépassé, enfermé dans un discours et un jargon froid d’Énarque que seuls les lettrés comprennent. Il perdra alors tout soutien populaire.

Plus tard, lorsque Nicolas Sarkozy parlera de karcher, par cette pensée imagée, il gagnera de nombreuses voix. Les voix de ceux qui comprennent un langage accessible car parlant.

Réparer ce qui se passe dans le ventre d’une imprimante sera toujours plus parlant pour décrire son métier que de se définir comme un  technicien de maintenance.

Les tropes, ou le tropisme du parler vrai

 Les tropes sont donc un hommage au parler vrai. Utiliser des tropes, c’est parler un langage image, c’est décrire les choses comme elles sont. Comme ce qui va de soi.

Les mémoires de Châteaubriant, immense écrivain Français, phare de la littérature française et de la belle langue, sont pleines d’images. Tout comme le sont, les poèmes ou les romans de Victor Hugo, de Georges Sand ou d’Eugène Sue.

Ainsi donc, renouer avec nos belles figures de style rendra notre parole forte, vraie, vivante.

On aura envie de vous écouter car vos discours seront, comme le disait le philosophe Alain, « pleins de pierres, de femmes, de maisons et d’enfants ».

Mais attention, le mieux étant toujours l’ennemi du bien, l’utilisation des tropes doit se faire avec parcimonie. Point trop n’en faut, sachez doser. Utiliser trop d’images tue l’efficacité, rend le discours pompeux, boursouflé, trop artificiel et grandiloquent.

Alors sachons utiliser des tropes, quand il le faut, uniquement, renouons avec cette utilisation quelque peu perdue, car rappelons nous qu’être un bon orateur, ce n’est pas bien parler, c’est parler vrai.

1Tableau des tropes

 

FIN

Vous avez aimé cet article ? Partagez le commentez le et inscrivez vous à ce blog afin d’être informé de chaque nouvel article.

 

 

Poster un Commentaire

Veuillez Connexion pour commenter

Laisser un commentaire

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.

  S’abonner  
Notifier de